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5 septembre 2018

Quelle procédure pour le changement de sexe chez l’enfant?

Madame la Ministre,

L’organisation mondiale de la santé a annoncé qu’elle souhaitait retirer la transidentité de la liste des maladies mentales. L’objectif est ainsi de réduire la stigmatisation des personnes transgenres et leur donner plus facilement accès à des traitements.

En effet, selon les chercheurs, être transgenre n’est pas culturel ni génétique mais purement biologique, certains êtres humains naissent tout simplement dans le mauvais corps. Tout se jouerait au niveau des hormones qui n’agiraient pas de la même façon chez les personnes transgenres. C’est ainsi qu’à partir de deux ou trois ans, un enfant saurait déjà qu’il n’appartient pas au « bon sexe ». Selon les estimations, il s’agirait d’un garçon sur 10.000 et d’une fille sur 30.000.

Au Pays-Bas, une étude interdisciplinaire prend en charge les enfants transgenres dès l’âge de six ou sept ans. Ces enfants suivent alors un traitement qui inhibent les effets de la puberté. A 16 ans, ils choisissent donc de recevoir le traitement hormonal qui leur permettra d’accéder au genre désiré. Selon les médecins et chercheurs, les traitements hormonaux effectués à l’âge adulte ne pourront jamais effacer certains traits irréversibles comme la mue de la voix ou les traits du visage.

Un traitement hormonal précoce serait, selon les chercheurs du Pays-Bas, idéal non seulement physiquement mais moralement. Lorsqu’un enfant sait qu’il n’est pas dans le bon corps, il doit être très difficile pour lui de voir son corps changer à l’adolescence d’une façon qu’il n’a pas voulue. Permettre de stopper la puberté et de commencer un changement de sexe plus jeune permettrait d’éviter de lourds traitements psychiatriques et, in fine, de se sentir beaucoup mieux dans sa peau.

Madame la Ministre,

  • Que pensez-vous de la volonté de l’OMS de retirer la transsexualité des maladies mentales ?
  • Le traitement qui permet d’inhiber la puberté et de commencer les hormones de changement de sexe à 16 ans n’est pas disponible en Belgique mais semble être une solution positive, qu’en pensez-vous ?
  • Une telle recherche serait-elle envisageable en Belgique ?
  • Comment sont accompagnés les enfants et adolescents transgenres en Belgique ?

 

Maggie De Block, Ministre:Un traitement hormonal peut éventuellement être entamé dès la puberté. Avant cela, l’aide apportée à l’enfant/au jeune et à ses parents consiste donc essentiellement à l’établissement d’un diagnostic et à l’accompagnement de ces personnes dans la gestion des sentiments de genre variant et des problèmes qui y sont ou qui peuvent y être liés.

Le traitement hormonal consiste en deux phases: la prise d’inhibiteurs de puberté et l’administration d’hormones sexuelles du sexe opposé au sexe de naissance. L’endocrinologue analyse dans quelle phase de développement (la classification de Tanner) se trouve l’enfant et quel traitement est donc adapté. Il faut donc d’abord faire passer à l’enfant un examen médical chez un endocrinologue. Ce médecin doit également exclure d’éventuelles causes physiques aux sentiments de genre atypiques comme l’intersexualité. L’endocrinologue est également bien placé pour accompagner l’enfant ou le jeune dans le développement de sa puberté, tout au long de la thérapie hormonale, pour évaluer la densité de ses os et mesurer sa croissance.

Si l’enfant ou le jeune exprime la nécessité de stopper son développement sexuel correspondant au sexe qui lui a été attribué à la naissance, et que ses parents sont d’accord, il/elle peut commencer à prendre des inhibiteurs d’hormones à condition que l’équipe genre enfants et jeunes ait formulé un avis favorable à ce propos. Le fait que l’équipe connaisse l’enfant depuis suffisamment longtemps constitue un aspect important dans le cadre de cette décision.

Le début du traitement est déterminé par l’entrée de la puberté dans le stade 2 de Tanner, lorsque la production d’hormones sexuelles débute et que les caractéristiques sexuelles secondaires deviennent visibles. Ce moment diffère pour les filles et les garçons, et d’un enfant à l’autre. La ligne directrice à suivre n’est donc pas l’âge mais le stade de développement. Chez les filles, ce stade se situe entre 8 et 13,5 ans, chez les garçons, entre 9 et 14,5 ans.

Dans certaines situations, il peut se révéler important de débuter la prise d’inhibiteurs d’hormones pour deux raisons. Premièrement, cela donne plus de temps à l’adolescent(e) pour explorer son identité de genre. La pression émotionnelle diminue, ce qui crée une zone de confort permettant de prendre une décision par le biais d’entretiens psychologiques. L’adolescent(e) « gagne » ainsi plus de temps pour déterminer dans quelle direction évolue son sentiment de genre.

Deuxièmement, l’usage d’inhibiteurs d’hormones facilite la transition ultérieure éventuelle, puisqu’ils empêchent le développement des caractéristiques sexuelles secondaires. L’administration d’inhibiteurs d’hormones peut être interrompue à tout moment et les effets de ces substances sont réversibles. En cas d’interruption du traitement, le processus de puberté reprend.

Etant donné que ces soins requièrent des compétences bien spécifiques, ils ont longtemps été développés sur les moyens propres des hôpitaux et grâce à la bonne volonté du personnel. Le CHU de Liège et l’UZ de Gand étant pionniers dans le domaine, j’ai investi depuis octobre 2017, 1,1 million d’euros dans ces deux centres car les connaissances y étaient présentes et le besoin de soin a été clairement démontré.

L’essentiel de ce budget servira d’une part à renforcer de manière significative le personnel afin réduire les listes d’attente des demandes de soutien social et psychologique. En effet, c’est surtout pour l’admission et le premier entretien qu’il y avait des problèmes d’engorgement. D’autre part, nous prévoyons également la possibilité de rembourser des inhibiteurs de puberté. Comme nous l’avons indiqué, la multidisciplinarité est très importante dans pareils évaluations et trajets de soins.

Les conventions sont accueillies positivement par le personnel et une plus grande accessibilité à des soins appropriés constitue une belle avancée pour le patient.