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20 octobre 2014

Première interpellation de Nawal Ben Hamou adressée au Ministre de la Fonction Publique

Jeudi 16 octobre, lors de la Séance Plénière, la Députée Fédérale Nawal Ben Hamou s’est adressée au Ministre de la Fonction Publique pour défendre les agents d’État face aux mesures du nouveau gouvernement de droite.

Découvrez ici l’interpellation complète en vidéo.

 

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues,

Si certains en doutaient, la lecture du volet « Fonction Publique » de l’accord de Gouvernement suffirait à les convaincre: ce Gouvernement n’aime pas l’État. Et le MR le confirme sur Twitter, en se réjouissant des coupes sombres dans le budget. Et j’entends ici le terme d’État, non pas en tant que Nation, mais bien en tant que structure. Jaurès disait que « le Service Public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Avec les mesures que vous proposez, c’est bien à ce patrimoine commun que vous vous en prenez.

Derrière un accord verbeux et peu précis, que trouve-t-on?

Un objectif central: celui d’établir le privé comme modèle de référence. Arriver à ce que « les gains de productivité enregistrés dans le secteur privé soient reflétés au sein de la Fonction Publique ». Et pour ce faire de mettre en place des « indicateurs de productivité ».

Monsieur le Ministre, qu’entendez-vous par là? Pensez-vous que le Service Public produit des boîtes de conserves? Que tout travail peut être traduit en chiffres et en output? La qualité du service au public ne mérite-t-il pas mieux qu’une approche quantitative?

Les Services Publics sont essentiels pour garantir une société plus juste et contribuer à une vie de qualité pour l’ensemble des citoyens. Avec la sécurité sociale, ils sont de puissants amortisseurs des conséquences néfastes des crises économiques et financières. Ils sont aussi des leviers de compétitivité pour l’ensemble de l’économie.

Et que voulez-vous en faire?

Il est vrai que le quantitatif est pour vous quelque chose d’essentiel. Et la première donnée quantitative à laquelle vous vous attaquez, c’est celle du nombre d’agents de l’État. Je suis profondément inquiète sur les économies que vous allez faire dans le fonctionnement de l’État.

Nous assistons à une véritable destruction des services à la collectivité.

Les efforts en « dépenses primaires » sont d’une brutalité jamais vue: 1.081 milliard en 2015 qui deviennent 2.320 milliards en 2018, soit 15% du budget correspondant, et notamment:

– une diminution de 20% des frais de fonctionnement des administrations en 2015 (hors personnel). Puis 2% supplémentaires chaque année. Comment est-il possible de diminuer d’un cinquième les frais de fonctionnement en une année?

– une diminution de 22% des investissements en 2015, puis 2% supplémentaires chaque année.

– une diminution de 4% des frais de personnel en 2015 puis 2% supplémentaires chaque année.

Rien ne sera épargné! Sera-t-il possible de simplement poursuive certaines missions essentielles des services publics (justice, police, protection des consommateurs, régulation)?

Vous savez, les Services Publics, ce sont les policiers, les infirmiers, les juges, les gardiens de prison,…Les économies du Gouvernement MR-NVA vont dégrader le fonctionnement de l’État et donc les services aux citoyens. Moins de Services Publics augmentera inévitablement la facture des ménages.

Autant dire qu’on peut aussi s’attendre à l’externalisation et donc à la privatisation de fait d’un certain nombre de missions de l’état… A cet égard, nous attendons avec le plus grand intérêt vos propositions budgétaires. Réduire leur nombre n’est pas votre seule ambition à l’égard des agents de l’État. Il s’agit également de s’en prendre à leur statut, pour aligner sur celui du privé également et  leurs traitements.

Permettez-moi de vous rappeler que le statut de l’agent de l’État, c’est d’abord la garantie de son indépendance et de la pérennité du Service Public.

Le PS n’est certainement pas opposé à une modernisation du Service Public, à son efficacité et à son efficience. Il ne s’agit pas non plus pour moi d’opposer privé et public, comme vous le faites. Il s’agit s’assurer que toute réforme se fasse dans le sens du progrès social sur les lieux de travail et pour l’amélioration du fonctionnement de nos administrations fédérales.

Le véritable défi n’est pas « moins de Services Publics », mais bien « mieux de Services Publics ».

Pour être efficaces, les fonctionnaires, à l’instar de tous les travailleurs, doivent pouvoir évoluer dans un cadre de travail approprié, disposer de perspectives de carrière et être associés aux changements envisagés. A cet égard, il est essentiel de soutenir un dialogue social constructif garant d’une paix sociale durable. Et à cet égard, j’ai de grandes inquiétudes sur votre réelle volonté de faire vivre le modèle de concertation sociale dans les Services Publics!

Vous témoignez d’un grand mépris pour les serviteurs de l’État, dans cet accord. En plusieurs endroits, vous les attaquez même frontalement- et pour couronner le tout, vous souhaitez encore une fois revoir les carrières et les rémunérations, « au mérite ».

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers Collègues, je ne m’attendais pas à ce qu’un gouvernement de droite fasse preuve de tendresse à l’égard des Services Publics qui sont d’abord des services au public. Mais on aurait pu espérer au moins un peu de respect des serviteurs de l’État… et de ce qui fait la base de notre modèle, à savoir la concertation sociale.

Je vous prie de croire que nous serons particulièrement attentifs à la mise en œuvre de ce volet de l’accord.

Je vous remercie.

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