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7 juin 2018

L’addiction aux jeux vidéo est-elle une vraie maladie?

Question de Mme Nawal Ben Hamou à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur « l’addiction aux jeux vidéo reconnue par l’OMS comme une maladie »

: Madame la présidente, madame la ministre, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé une piste de réflexion à propos de la reconnaissance de l’addiction aux jeux vidéo en tant que maladie. Il est vrai que les joueurs sont de plus en plus jeunes et les jeux vidéo souvent chronophages. Les spécialistes ont constaté que certains joueurs souffrent d’une telle addiction qu’ils ne sont plus capables d’accomplir leurs tâches du quotidien, ni même d’assumer leurs missions professionnelles. Les spécialistes de la question sont partagés et il est clair que les enjeux sont importants.

Madame la ministre, quelle est votre réaction face aux observations de l’OMS et sa proposition de reconnaître l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie? Certains voient en cette reconnaissance des intérêts financiers et une opportunité pour les firmes pharmaceutiques de développer de nouveaux marchés plutôt qu’une question de santé publique. Quel est votre avis à ce propos? Des études récentes ont elles été menées à ce sujet? Envisagez-vous des initiatives en la matière? Si oui, lesquelles?

Maggie De Block, ministre: Madame la présidente, mesdames Galant et Ben Hamou, derrière l’addiction aux jeux, je vois davantage un problème de santé publique qu’une question relative à des intérêts financiers ou une opportunité pour des firmes pharmaceutiques. La priorité est d’avoir une offre qui réponde aux besoins des joueurs problématiques. Cette offre reprend un continuum de soins où la prévention et la détection précoce sont les meilleures armes.

Comme pour toute autre addiction, l’aide apportée ne tourne pas uniquement autour de l’objet de la dépendance, mais s’inscrit dans une démarche plus holistique de l’état psychosocial de la personne. La dernière étude menée sur le sujet par BELSPO est l’étude CLICK qui remonte à 2013. Mais il existe pléthore d’études nationales et internationales. La meilleure approche, en termes de santé publique, passe par la prévention, la détection et l’intervention précoce. La réunion thématique « Drogues » de la Conférence interministérielle Santé publique a mandaté la Cellule générale de Politique Drogues afin d’élaborer une proposition politique sur les jeux de hasard et d’argent en Belgique.

En octobre 2016, une note de synthèse a été publiée dans laquelle est repris un aperçu des données en matière de prévalence et sur la politique actuelle, sur l’offre de soins et les mesures préventives existantes. Pour chaque rubrique sont mentionnés des points névralgiques et des points à améliorer. Plusieurs experts en la matière ont été consultés. Sur la base de cette note de synthèse, il a été demandé à la commission d’élaborer une note de vision reprenant tant le domaine de la prévention que de l’offre de soins et de la régulation de l’offre.

Dans le cadre des travaux, l’avis du Conseil Supérieur de la Santé sur les jeux de hasard et d’argent a été rendu. Les membres du groupe de travail sur les jeux de hasard et d’argent examineront ce rapport dans les mois à venir et clarifieront leur position dans une note de vision qui sera discutée lors d’une Conférence interministérielle de Santé publique, le 2 juin 2018 ou après les vacances. Une des plus grandes lacunes identifiées dans la note de synthèse a trait au manque de données chiffrées récentes. Vous m’avez demandé des chiffres à propos des personnes concernées.

Il s’agit en fait d’un groupe assez discret dans notre société. C’est la raison pour laquelle, dès cette année, une série d’indicateurs sur les jeux de hasard et d’argent ainsi que sur les addictions aux jeux de hasard et d’argent seront inclus dans l’enquête de santé menée par l’Institut Scientifique de Santé Publique. Les résultats sont attendus d’ici fin 2019. En ce qui concerne les facteurs médicaux et autres qui rendent les personnes vulnérables à une dépendance aux jeux de hasard et d’argent, l’association contre l’alcool et les autres drogues a compilé un excellent dossier dans lequel tous ces aspects sont discutés.

Vous pouvez télécharger le fichier sur le site internet www.vad.be J’ai demandé que ce point soit ajouté aux discussions de la commission, au même niveau que la lutte contre l’alcool et les drogues pour les aspects relatifs à l’addiction, donc à la maladie.