Close

7 juin 2018

L’abus de médicaments chez les adolescents

Question orale de Madame Nawal Ben Hamou, députée fédérale, à Madame Maggie De Block, Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, au sujet de la consommation de médicaments chez les adolescents

Madame la Ministre

Les adolescents belges prennent trop de médicaments, c’est le constat posé par les Mutualités libres. Selon leur étude, plus d’un jeune entre 12 et 18 ans sur deux consomme au moins un médicament par an. Mais ce chiffre ne recouvrant que les médicaments prescrits et remboursés, l’étude suppose que le nombre réel d’adolescents sous médication est largement supérieur.

Les médicaments les plus consommés par les jeunes seraient ainsi les antibiotiques : 30% des adolescents en aurait pris pendant 23 jours en moyenne en 2016. Les antidouleurs comme l’ibuprofène sont également abondamment consommés par les jeunes. L’usage de ces antidouleurs sous prescription est de 20 jours par an mais il devrait être bien plus élevé sans prescription. Enfin, l’usage de médicaments antiallergiques reste stable mais élevé.  

Cette étude est assez interpellante et prouve la banalisation du recours aux médicaments dans notre société. Les jeunes ont ainsi de plus en plus tendance à s’automédicamenter pour passer aux dessus des difficultés de l’existence, par exemple du mal-être qui peut être ressenti à l’adolescence ou des petites douleurs du quotidien. Il est donc primordial de pousser les jeunes à consulter un médecin si les symptômes sont récurrents.

Madame la Ministre, Cette étude vient confirmer que la surconsommation d’antibiotiques concerne également les adolescents. Pourriez-vous faire le point concernant les mesures mises en place et le suivi qui est donné pour diminuer la prescription d’antibiotiques ? Comment encourager les adolescents et leurs parents à aller voir un médecin plutôt qu’à s’automédicamenter ?  Comment aider les jeunes faisant face à un mal-être à passer au travers de cette période sans avoir recours à des médicaments ?

Les médecins et les pharmaciens ont également un rôle essentiel de pédagogie auprès des patients, et spécifiquement des plus jeunes. Remplissent-ils ce rôle ? Expliquent-ils tous systématiquement les effets secondaires des médicaments ? Des études récentes ont-elles été menées dans ce cadre ?

Je vous remercie pour vos réponses.

Maggie De Block, Ministre: Pour une vue d’ensemble des actions et objectifs mis en place afin de lutter contre la consommation inappropriée des antibiotiques et contre les résistances bactériennes, je vous invite à consulter la note politique 2014-2019 de la Commission belge de coordination de la politique antibiotique (BAPCOC). Concernant plus particulièrement le jeune public, plusieurs initiatives ont été prises, comme la large diffusion d’un album de la bande dessinée Bob et Bobette (Tante Biotique) et le programme éducatif e-Bug destinés aux jeunes scolarisés.

De nombreux facteurs interviennent dans le phénomène de surconsommation des médicaments en général et notamment des antibiotiques, dont des facteurs systémiques (prix de vente et de remboursement, accès avec ou sans prescription, publicité médiatique, etc.), socio-économiques, culturels et individuels. C’est pourquoi il faut réagir à différents niveaux, parmi lesquels la sensibilisation et l’information du grand public, la formation des professionnels de la santé et l’analyse de leurs habitudes de prescription, le cadre de remboursement des antibiotiques ainsi que la large diffusion des recommandations nationales en matière de traitements antibiotiques.

Rendre la prescription obligatoire pour les molécules à risque est probablement le moyen le plus efficace de s’opposer à l’automédication. De plus, lorsque la délivrance des médicaments en termes de quantité peut être ajustée au traitement prescrit, le risque de conservation d’un surplus chez soi pour un usage ultérieur, sans consultation médicale, est réduit.

Le mal-être auquel des jeunes peuvent être confrontés est une réalité pour de nombreuses familles. L’environnement sociétal belge offre diverses possibilités de soutien mais ce sont les parents et les proches qui peuvent le mieux accueillir, accompagner et protéger ces jeunes en souffrance en déterminant les moyens, médicaux ou autres, qui seront les plus adaptés à chaque cas personnel.

Selon nos informations récentes, 30% des personnes ayant visité le site Internet de la campagne 2017-2018 ‘Usage correct des antibiotiques’ s’y sont connectés grâce au code barre placé sur les posters, les brochures d’informations et les sachets pour antibiotiques de la campagne. Or, ce sont les médecins et les pharmaciens qui reçoivent, affichent et distribuent ce matériel de sensibilisation. Cela nous indique que médecins et pharmaciens jouent leur rôle de conseillers auprès des patients et des citoyens et nous permet d’espérer un usage plus approprié des antibiotiques dans le futur.