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29 août 2018

Combien de policiers sont des spécialistes du comportement?

Question orale de Madame Nawal Ben Hamou, députée fédérale, à Monsieur Jan Jambon, Ministre de l’Intérieur, au sujet des policiers spécialistes du comportement.

Monsieur le Ministre,

De plus en plus de policiers suivent la formation « behaviour detection officer » qui a été lancée par votre gouvernement en 2016. Cette formation apprend ainsi aux policiers à profiler des personnes suspectes et peut être très utile en cas d’attaque terroriste.

Plus de 400 policiers, tant fédéraux que locaux ont ainsi été formés dans diverses unités comme les unités frontalières, les services d’interventions, d’ordre public et des unités judiciaires.

Mais il ne suffit pas de suivre la formation pour devenir un bon « comportementaliste ». Les policiers doivent faire preuve d’ouverture d’esprit afin d’éviter le profilage ethnique. Ils doivent aussi être observateurs, attentifs, patients et communicatifs mais également pouvoir se mettre à la place des suspects et apprendre à penser comme eux.

Enfin, vous évoquez maintenant la possibilité d’élargir cette formation aux sociétés privées de gardiennage, malgré les sujets sensibles qui sont parfois évoqués.

Monsieur le Ministre,

Comment se déroule la formation pour devenir comportementaliste? Quels sont les principaux sujets évoqués durant la formation et les principaux exercices?

Combien de temps dure-t-elle? Y a-t-il des critères à remplir pour y avoir accès?

Comment éviter le piège du profilage ethnique?

Avez-vous pu constater des résultats concrets sur le terrain pour les policiers ayant suivi cette formation?

Qu’en est-il de l’ouverture de cette formation aux agents de gardiennage? Les sujets ne sont-ils pas trop sensibles pour les évoquer devant des non policiers?

Je vous remercie pour vos réponses.

 

REPONSE DU MINISTRE

Question 1 :

La formation Behaviour Detection Officer (BDO) est une formation continuée qui vise à apprendre comment détecter et reconnaître le comportement déviant et possiblement suspect, et comment y réagir.

Elle est composée d’une partie théorique et de plusieurs exercices pratiques sur le terrain. Ces exercices n’ont pas lieu dans des endroits stériles mais dans des lieux publics où les participants peuvent être confrontés à la foule, comme par exemple dans des aéroports, des gares (internationales), des centres commerciaux et des rues commerçantes.

La partie théorique se focalise principalement sur les techniques et les pièges d’observation et d’évaluation de personnes et de leur comportement, les processus psychologiques et physiologiques derrière le comportement humain et les techniques de communication et de security questioning. En outre, les participants analysent la dynamique des actes criminels et des attentats terroristes et apprennent plusieurs façons de les combattre;

Les exercices pratiques sont axés sur la reconnaissance et l’évaluation des comportements déviants et l’application des techniques de security questioning.

Question 2 :

La formation des utilisateurs finaux dure trois jours et celle des trainers quatre jours.

Les formations d’utilisateur final sont en principes accessibles à tous les membres de la police intégrée. Cependant, le groupe cible principal concerne des membres du personnel de première ligne qui, dans l’exercice de leur travail quotidien, peuvent se voir confrontés à des foules et les membres du personnel qui les encadrent.

Plusieurs formations de trainer se sont déjà déroulées. Pour y avoir accès, les candidats doivent parcourir une procédure de sélection particulière, qui vise notamment à vérifier leur mentalité en ce qui concerne la sécurité, l’attention à l’environnement et l’ouverture d’esprit.

Actuellement, la police dispose de suffisamment de trainers. Néanmoins, de nouvelles sessions de formation pourront, à l’avenir et au besoin, être organisées.

Question 3 :

L’ouverture d’esprit est nécessaire afin de ne pas tomber dans le piège du profilage ethnique. La formation BDO s’en dissocie explicitement et apprend justement aux participants de baser leurs actions sur des faits objectifs, tels que, par exemple, le comportement.

Question 4 :

De par la nature proactive de la technique il est malheureusement impossible de mesurer l’efficacité en actions car elle vise justement à prévenir des crimes. Il faut donc une période significative de mise en œuvre pour pouvoir comparer les statistiques de criminalité avant et après l’application des techniques.

A titre d’information, après la mise en œuvre structurelle des premières équipes BDO à Brussels Airport, on a compté 30 contacts positifs pour des liens avec le terrorisme ou le radicalisme sur le total des contacts positifs pendant un mois (positif signifiant que la personne abordée par les BDO est connue des bases de données policières).

Une évaluation de l’impact de l’application de ces techniques a été entamée dans le courant du printemps 2018 au moyen d’une étude réalisée en collaboration avec le milieu universitaire dans une unité de référence. Les résultats sont encore en cours d’examen. Cette étude sera relancée au printemps 2019.

Récemment, un accord a été conclu pour effectuer une étude doctorale de plusieurs années, visant à étudier entre autres l’effectivité des techniques, l’impact de leur application dans différentes unités et la qualité de la formation.

Question 5 :

Bien avant la mise en œuvre opérationnelle, différentes unités policières belges et étrangères, d’autres instances gouvernementales et des entreprises de gardiennage se sont montrées intéressées par la formation BDO.

La phase de pilotage n’a été réservée qu’aux membres de la Police Intégrée.

Ensuite, la formation a été ouverte à des instances gouvernementales non-policières et des agences policières étrangères.

Aujourd’hui, des entreprises de gardiennage ont été autorisées à suivre cette formation.

Cela représente un avantage dans la mesure où les services de police et les entreprises de gardiennage sont amenés à collaborer. Ils peuvent alors évoluer vers des normes d’action communes, ce qui augmentera autant la qualité des interventions que la sécurité des citoyens;

A contrario, un désavantage est qu’effectivement certaines techniques et des informations pouvant être sensibles risquent d’être dévoilées à un public non-policier. C’est la raison pour laquelle les candidats provenant des entreprises de gardiennage devront être screenés et suivre une procédure de sélection spécifique avant l’admission au cours

Bien que des informations aient été prises par ces entreprises, aucune demande officielle n’a été effectuée.