Réaction à la visite du Centre fermé 127 bis: des vies en stand-by, des conditions dégradantes, une sécurité juridique à garantir!

Récemment, la Députée Fédérale Nawal Ben Hamou a pu visiter le Centre fermé pour hommes de Steenokkerzel, accompagnée de responsables du Mrax et de la Ligue des droits de l’homme. Profondément heurtée par les conditions de détention et les parcours de vie de ceux qui n’ont pour objectif que de survivre, elle a tenu à vous livrer ici son ressenti.

Oui, les centres fermés ont une raison d’être légale. Oui, une politique d’asile et d’immigration juste implique aussi, malheureusement sans doute, une dimension liée au retour. Et oui, les personnes qui ne répondent pas aux conditions d’accès légales sur le territoire belge doivent être accompagnée dans une procédure de retour.

Mais ce que je retiens de ma visite au Centre fermé 127 bis de Steenokkerzel où j’ai pu me rendre il y a quelques jours en compagnie des représentants du Mrax et de la Ligue des droits de l’homme, ce n’est pas le statut d’irrégulier qui colle à la peau de ces migrants. Ce n’est pas non plus cette frontière qu’ils ont osé franchir sans autorisation. Non, ce qui m’a heurté sur place, c’est de constater que la majorité d’entre eux viennent de pays en guerre. Leurs « chez eux » ne sont que terres de poussière, toute espérance là-bas a été détruite. Ils voyaient en l’Europe, en notre pays, une possibilité de vie meilleure. Pour survivre, ils ont parcouru bien des obstacles, et sont arrivés chez nous. Ils pensaient pouvoir y vivre libres, ils y sont aujourd’hui …détenus.

En tant que mandataire politique, j’y vois une application stricte de la législation. En tant qu’être humain, j’y vois des hommes qui ont souffert, à qui l’on inflige, encore et toujours, plus de souffrances. Leurs histoires, leurs vies, toutes différentes, se rejoignent dans ce bâtiment quadrillé de fil barbelé aux allures de prison. Il n’est pas question pour moi que ces centres deviennent des zones de non-droit. Et il est prioritaire pour le PS de garantir la sécurité juridique à celles et ceux qui ont fait une demande de régularisation.

Un pas dans cet « entre deux mondes »

Entrer dans ce centre fermé est pour moi une première. Une fois passé le portail de sécurité, j’échange ma carte d’identité pour un badge d’accès. L’accueil est cordial.

Le site est basé non loin de l’aéroport national, avec une vue directe sur les avions qui prennent leur envol…comme une menace qui pèse. Un rappel incessant que le voyage retour, pour les détenus, est pour bientôt. Que le retour en enfer, pour beaucoup, est sérieusement à envisager.

Je continue ma route dans le centre et je découvre à ma grande stupéfaction des cellules d’isolement. Vides, heureusement. Sur interpellation de ma part, on m’explique qu’elles existent « pour prévenir de situations dangereuses ». Pour la « sécurité du détenu lui-même ». Soit.

Ces hommes jeunes et moins jeunes sont fatigués. Physiquement et moralement. La privatisation de liberté est psychologiquement difficile à supporter pour ces personnes qui supportent déjà le déracinement, l’éloignement de leurs familles, le regard méfiant de ceux qui les considèrent comme des intrus. Certains séjournaient en Belgique –illégalement, certes- depuis plus dix ans avant de se retrouver enfermés ici. Ils ont une famille, même un travail, et par-dessus tout cette envie de vivre en paix. Beaucoup disent ne pas vouloir déranger. Ne pas vouloir profiter des aides publiques. Juste vivre.

Mais, trimballés d’un pays à un autre, sans que les autorités ne sachent réellement quoi faire d’eux, ils dérangent. Sans parler la langue, ils ne connaissent pas leurs droits, les délais légaux ne sont pas toujours respectés selon les constatations de la Ligue des droits de l’homme et du MRAX. Les avocats commis d’office montrent un désintérêt total envers leurs cas. D’autant que la matière est complexe. Quant à nous, citoyens belges, blottis dans notre confort familial et matériel nous faisons la sourde oreille pendant que des vies, des âmes, des humains sont en stand-by, enfermés à deux pas de chez nous dans des conditions abjectes.

Je ne plaide pas ici pour la suppression des centres fermés, ce serait peine perdue. Mais nous, défendeurs d’une société aux valeurs démocratiques, ne pouvons fermer les yeux devant des pratiques inhumaines et dégradantes. Nous pouvons lutter pour que ces personnes soient prises en charge dignement, en jouissant pleinement de leurs droits.

Derrière ces statuts d’irréguliers se cachent des êtres humains comme vous et moi. Ils méritent, à tout le moins, des conditions de détention correctes et un accès à la législation (dans leur langue maternelle) afin de comprendre leur situation et de pouvoir agir en conséquence.

La visite terminée, la phrase d’un jeune garçon arrivé seul dans notre pays percute et raisonne encore dans ma tête : « je veux être libre, libre de ma vie et de mes choix… ».