Quel lien entre baisse de la criminalité et présence militaire en rue?

Question de Mme Nawal Ben Hamou au vice-premier ministre et ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, chargé des Grandes Villes et de la Régie des Bâtiments, sur « la baisse de la criminalité en lien avec la présence militaire en rue »

Nawal Ben Hamou: Monsieur le président, monsieur le ministre, vous vous êtes félicité dans la presse d’une baisse de la criminalité à hauteur de 30 % sur Bruxelles et Anvers, à mettre en lien, selon vous, avec la présence de militaires dans nos rues. Des conclusions bien hâtives qui ont fait bondir certains syndicats de la fonction publique et en particulier du secteur policier, qui voient en ces propos une déclaration politique orientée, non objective, non scientifique et non vérifiée.

Monsieur le ministre, comment expliquez-vous que sur Bruxelles la criminalité était déjà en baisse en 2014 et cela sans avoir jamais eu recours à l’armée dans les rues? Comment est-il possible, de façon objective et sur une si courte période, d’établir un lien de corrélation entre la criminalité et la présence de militaires tandis que les organes de contrôle de la police, eux, n’émettent de considérations que deux ans après les faits afin de pouvoir livrer une analyse statistique éclairée? En quoi la présence de militaires à des endroits précis et connus peut-elle avoir un impact sur la diminution des cambriolages ou des vols simples? Et, finalement, cette volonté de prouver par les chiffres l’efficacité de cette mesure sécuritaire traduirait-elle une volonté de prolonger la présence militaire aux côtés des policiers?

Jan Jambon, ministre: Madame Ben Hamou, on peut en effet parler d’une tendance persistante à la baisse de la criminalité en Belgique. En ce qui concerne Bruxelles, les chiffres de la criminalité montrent en effet une baisse mais celle-ci avait certes déjà été constatée avant que la présence militaire à des endroits stratégiques soit demandée. En tant que ministre, je ne peux que m’en réjouir. Cela confirme, sans pouvoir prouver ce lien avec la sécurité, que la police effectue son travail avec efficacité et je les en remercie.

Vous avez néanmoins tout à fait raison: pour établir des liens de causalité en matière de criminalité, il faut des analyses plus poussées voire scientifiques. J’en suis conscient et je serai très attentif aux analyses qui me seront présentées dans ce contexte. Dans toutes les interviews que j’ai accordées aux journaux, aux magazines et dans les médias audiovisuels, lorsque le journaliste me demandait si je voyais un lien, j’ai toujours répondu: « Oui, je constate qu’il ya quelque chose mais je ne peux le prouver ». Il est trop rapide de faire un lien entre les deux.

Je constate le phénomène de la baisse de la criminalité. Tout le monde en est heureux mais je suis le premier à dire que prouver le lien entre la présence de militaires et la baisse de la criminalité n’est pas faisable à ce stade-ci.

Jan Jambon, ministre: Lisez la presse, lisez les interviews où l’on m’a posé ces questions. J’ai toujours nuancé ce lien car on ne peut pas le prouver. On ne peut pas non plus prouver le contraire. À ce stade, j’ai toujours fait cette nuance.

C’est également le cas pour la corrélation qui est faite entre la baisse de la criminalité et la présence des militaires à Bruxelles et à Anvers. Cette tendance demande à être analysée de manière plus approfondie, comparée en temps et lieu et confirmée sur le long terme.

Il peut s’agir, en effet, d’un facteur parmi d’autres influençant les statistiques de la criminalité. Je suis ni criminologue, ni analyste, mais en qualité de ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, je suis convaincu que cette mesure a été indispensable pour assurer la sécurité de nos concitoyens et de notre société et qu’elle l’est encore aujourd’hui.

Certes, elle a eu un impact direct sur la menace terroriste et, peut-être cela sera-t-il prouvé scientifiquement, sur une baisse de la criminalité dans ces lieux surveillés par des policiers et des militaires.

En ce qui concerne le maintien de la surveillance des sites publics stratégiques par des militaires, cette question fait régulièrement l’objet d’une réévaluation au sein du Collège du renseignement et de la sécurité et du gouvernement.

Elle est, en outre, étroitement liée au niveau de la menace déterminée par l’OCAM.

Pour conclure, je ne peux pas prouver les liens entre la présence de militaires et la criminalité mais je termine par une anecdote. À la gare centrale d’Anvers, il existe une forme de petite criminalité. Il y a 3 ou 4 ans, les paras se sont entraînés dans cet endroit. Aucun fait de criminalité n’a été commis ce jour-là.

Nawal Ben Hamou : Monsieur le ministre, je suis d’accord avec vous lorsque vous déclarez qu’il faut une enquête approfondie sur le long terme. Peut-être peut-on noter une baisse de la criminalité. Je suis mariée à un policier et je connais bien ce milieu. Je n’ai pas vu mon mari pendant plus d’un mois et demi. Il n’a pas eu de jours de repos. Constamment, il a été appelé. Il fait partie de la brigade judiciaire et a dû assurer un service continu. Les policiers étant tout le temps sur le terrain, il y a eu une baisse de l’insécurité. Tout le monde était réquisitionné. La majorité du boulot: les surveillances, les patrouilles effectuées sur Bruxelles sont faites par les policiers.

Ce qui m’interpelle, c’est de constater que les militaires sont sur le terrain à des postes statiques et d’en conclure que, grâce à eux, la criminalité a baissé alors que ce sont les policiers qui font réellement le boulot. Ils ont assuré un grand nombre de missions. Il s’agit donc de les féliciter.

Jan Jambon, ministre: Madame Ben Hamou, on parle de 40 000 policiers et de 300 militaires. Il est clair que, si les chiffres de la criminalité baissent, c’est plutôt dû à ces 40 000 policiers qu’aux militaires.

Afin de pouvoir laisser les tâches spécifiquement policières aux policiers, nous avions besoin des militaires pour assurer la protection statique.