Les tampons sont-il nocifs pour la santé des femmes?

Question de Mme Nawal Ben Hamou à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur « la composition des tampons hygiéniques »

Madame la ministre, j’ai récemment été interpellée par le documentaire français intitulé « Tampon, notre ennemi intime ». En effet, il s’avère que les femmes utilisent en moyenne 11 000 tampons au cours de leur vie alors que personne ne sait exactement quelle en est leur composition exacte. Cette problématique, relevant pourtant de la santé publique, est passée sous silence, peut-être parce que le tabou entourant encore les règles permettrait ainsi aux marques de ne pas devoir dévoiler le contenu réel des tampons.

Pourtant, il s’avère aujourd’hui que les tampons peuvent provoquer le syndrome du choc toxique entraînant un épuisement brutal, de fortes fièvres, voire plus grave. Selon certains chercheurs, le tampon permettrait également au staphylocoque doré, dont 20 à 30% des femmes sont porteuses, de se développer. Actuellement, il n’existe aucune étude qui permettrait de connaître les ingrédients exacts des tampons ainsi que les risques qu’ils font peser sur la santé des femmes. Ce documentaire montre en effet que des perturbateurs endocriniens et d’autres polluants sont présents en nombre dans les tampons. Certains chercheurs vont même plus loin en concluant qu’ils pourraient, dans certains cas, être responsables de l’endométriose, voire de l’infertilité.

Madame la ministre, considérez-vous comme importante la question de la composition des tampons? Est-ce inquiétant selon vous? Des études sur les composants réels des tampons existent-elles? Si non, ne serait-il pas intéressant qu’une telle étude soit menée? Des études récentes sur les perturbateurs endocriniens ontelles été menées? Où en est-on, au niveau européen, dans les discussions concernant les perturbateurs endocriniens? Sur base du principe de précaution, des initiatives nouvelles comme l’interdiction de certaines substances sont-elles envisagées dans ce cadre ?

 

Réponse de Maggie de Block, Ministre de la Santé

Le cahier spécial de charges relatives à l’étude de certains produits d’hygiène personnelle est en phase de finalisation. Sa publication est prévue avant l’été et après que mes services auprès du SPF Santé publique et Sécurité pour la chaîne alimentaire et l’environnement auront déterminé le nombre de produits à analyser. Il est prévu d’analyser en premier lieu les langes pour les enfants. À cette époque, vous aviez posé des questions à ce sujet, en vous focalisant sur les langes des catégories 2, 3 et 4 c’est-à-dire ceux avec lesquels les enfants sont le plus longtemps en contact.

Un balayage du marché des grandes marques, marques des distributeurs et des produits blancs sera réalisé. Une analyse identique sera faite sur les tampons hygiéniques, au plus tard en 2018, simultanément à l’analyse des serviettes hygiéniques car c’est le même problème. Une recherche spécifique de certains types de substances chimiques comme des pesticides, des phthalates, des dioxines, des molécules fluorées est prévue, tout comme un balayage complet visant à identifier formellement les substances et les concentrations de celles-ci dans ces produits. Mes services suivent les travaux en cours sur ce sujet, notamment ceux réalisés en France par l’Insee.

Le périmètre de notre étude pourrait être ajusté sur la base d’informations qui en proviendraient. Après l’analyse de la composition des produits visés par l’étude, une analyse des risques tenant compte du danger des substances identifiées et de l’exposition du consommateur associée à un usage normal typique sera effectuée. On sait qu’il y a des usages inadéquats. Personnellement, en tant que médecin généraliste, j’ai dû retirer des tampons bloqués depuis trois jours. L’usage est alors inapproprié. Ces femmes avaient oublié qu’elles avaient mis un tampon.

Pour vous dire que vingt-cinq ans de pratique, ça compte ! Actuellement, les tampons hygiéniques ne sont pas couverts par la définition européenne pour les dispositifs médicaux. Étendre le champ d’application de cette définition semble difficile, mais des dispositions s’inspirant des nouvelles mesures adoptées récemment au niveau de l’Union européenne concernant la limitation des substances classifiées comme cancérigènes, mutagènes ou réciprotoxiques à 0,1 % des perturbateurs endocriniens, pourraient être envisagées sur la base des résultats de l’étude réalisée par mes services et de celles réalisées dans d’autres États membres actuellement.

J’en arrive aux questions de Mme Jadin. Si d’autres bactéries comme le streptocoque aureus peuvent causer des syndromes de choc, les bactéries du genre du staphylocoque doré sont habituellement responsables dans les cas associés à l’utilisation des tampons hygiéniques. Le risque de développer un choc toxique est lié à des facteurs de virulence de la souche, donc à la production de toxines, à des facteurs de prédisposition de l’hôte, à l’utilisation que l’on fait des tampons hygiéniques ainsi qu’à leur composition. Cependant, tous les chocs toxiques ne sont évidemment pas liés à l’utilisation des tampons hygiéniques.

Il n’existe pas de surveillance à proprement parler du syndrome dit de choc toxique en Belgique. Toutefois, le Centre national de référence financé par l’INAMI recueille ces données pour les staphylocoques aureus via le formulaire de demande de test. Le Centre national de référence reçoit deux à trois souches par an, sur lesquelles faire une recherche du syndrome toxique à staphylocoques. Il n’y a pas d’augmentation du nombre de demandes. Les informations sur la bonne utilisation des tampons hygiéniques sont indiquées dans les notices accompagnant les boîtes, mais il faut dire que ces notices comprennent beaucoup de pages. On ne sait pas si elles toujours lues du début à la fin.

Je suis consciente du fait que certaines personnes ne lisent pas les notices. Je vais donc mettre ce point à l’agenda de la réunion de la Cellule nationale Santé-Environnement, pour transmettre la question de la sensibilisation des femmes à ce sujet à mes homologues des Communautés et Régions en charge de la prévention et de la promotion de la santé. Informer répétitivement les femmes et les jeunes filles sur la bonne utilisation des tampons est effectivement important. Madame Gerkens, concernant les perturbateurs d’hormones, on discute pour l’instant à la Commission européenne sur des critères pour pesticides et biocides. C’est assez difficile mais on pourrait élargir la discussion sur ce thème.

Nawal Ben Hamou (PS): Madame la ministre, merci pour toutes ces réponses concrètes. J’entends bien votre volonté d’avancer sur ce sujet qui vous interpelle, mais j’ai l’impression que la santé des femmes est souvent mise de côté. Pour la contraception, on doit prendre des hormones qui peuvent être dangereuse pour la santé. Maintenant, on apprend que des tampons, essentiels dans la vie des femmes, peuvent aussi être nocifs. Il est temps de mettre la santé des femmes au premier plan.