Cette précarité qui mène à la prostitution alimentaire…

Question orale de Madame Nawal Ben Hamou, Députée fédérale, à Madame Elke Sleurs, Secrétaire d’Etat à la lutte contre la pauvreté, à propos de la « prostitution alimentaire »

Madame la Secrétaire d’Etat,

En Belgique, le taux de pauvreté concernait, pour l’année 2015, entre 14,2% et 16,8% de la population. D’après certaines informations publiées dans la presse, près 40% des travailleurs se disent vivent dans la pauvreté ou craignent d’y basculer. Les mesures prises et prévues par votre Gouvernement n’y sont évidemment pas étrangères.

Un licenciement, un divorce ou encore un problème de santé peut faire tomber des familles dans la précarité. Et parfois, pour manger, pour survivre, de plus en plus de femmes, jeunes ou plus âgées, basculent dans la prostitution. Il s’agit là de « prostitution alimentaire », occasionnelle, qui concerne des femmes poussées à vendre leur corps pour boucler les fins de mois.

Une situation de plus en plus présente à Bruxelles, Liège ou Charleroi d’après la police. Une situation, rarement choisie et souvent précaire, qui place ces femmes dans une situation marginale d’exclusion, d’insécurité, de laquelle il est difficile de sortir.

Madame la Secrétaire d’Etat, Pouvez-vous nous donner des chiffres plus précis quant au nombre de femmes ayant recourt à ce qu’on appelle la « prostitution alimentaire » ? Des études ont-elles déjà été menée sur cette problématique dans notre pays ? Ces femmes font-elles l’objet d’un encadrement spécifique ? Des mesures spécifiques sont-elles envisagées à leur égard ?

Je vous remercie.

 

Réponse de la Secrétaire d’Etat:

A ma connaissance, il n’existe pas de chiffres détaillés sur le phénomène de la « prostitution alimentaire ». Des études qualitatives et participatives peuvent apporter certaines réponses sur les différents motifs qui conduisent des personnes à se prostituer. Toutefois, il est pour ainsi dire impossible de mesurer quantitativement l’ampleur réelle d’un tel phénomène.

Cela ne signifie pas pour autant que la « prostitution alimentaire » apparait comme inexistante. Certaines situations peuvent bien évidemment être constatées plus localement et attirer l’attention des pouvoirs publics, mais il est actuellement extrêmement complexe d’en dresser un état des lieux précis.

Je reste néanmoins particulièrement attentive à la problématique de la prostitution et à ses évolutions. Différents travaux de recherche ont permis de mettre en lumière certains aspect de la prostitution. Le développement de la « prostitution estudiantine » a ainsi été étudié en 2014 par Renaud Maes, de l’Observatoire de la vie étudiante de l’ULB. Ces travaux ont mis en exergue une prostitution des étudiant(e)s alimentée par la précarité de certains étudiant(e)s en difficultés financières.

Par ailleurs, une enquête, conduite en 2011 dans le cadre de la Politique scientifique fédérale et intitulée « Middelengebruik Belgie: een kwantitative en kwalitatieve studie in vijf sectoren van de seksindustrie. Wetenschap en maatschappij », a notemment analysé le statut socio-économique des personnes prostituées et montré qu’elles sont exposées à la pauvreté et l’insécurité.

Selon une enquête exploratoire sur la prostitution en FDWB réalisée cette année par l’APES-ULG et la HELMO, qui s’appuie sur les résultats de l’enquête de 2011 précitée, on peut légitimement établir un lien entre la prostitution et la misère ou l’insécurité, mais on ignore cependant si la misère constitue un facteur de prostitution, ou si c’est la prostitution qui serait facteur de misère. Elle nous apprend, en outre, qu’il n’y a pas de données fiables permettant d’affirmer que la prostitution est une activité utilitaire ou de survie pour éviter une situation de détresse, mais rappelle que le secteur associatif fait état de l’existence d’une telle forme de prostitution.

Des plans stratégiques ont été élaborés dans plusieurs villes, dans le cadre de l’approche, la prévention et l’accueil en matière de prostitution. Ces plans présentent souvent un lien avec la politique sociale et sont conçus suivant une approche intégrale. Il existe déjà depuis des années plusieurs initiatives en matière d’accueil, de soins de santé et de resocialisation des prostituées, dans plusieurs villes.

Ces initiatives font aussi la part belle à l’amélioration de la place des femmes (et des hommes?) dans la société et, si nécessaire, des initiatives supplémentaires sont prises et une collaboration est mise en place avec les autres organismes d’aide sociale comme les CPAS et les CAW (Centre d’action flamands pour le bien-être). Cette aide est toujours personnalisée et s’accompagne d’une prise en charge d’orientation.

Plusieurs instances indiquent toutefois que les problèmes liés à ce groupe cible sont, dans maints aspects de la vie, complexes et multiples et qu’il est difficile de mettre en oeuvre une approche intégrale, de renvoyer ce groupe cible vers d’autres organismes et de l’accompagner, compte tenu de la stigmatisation dont il fait encore l’objet. Il faut donc, certainement, diffuser les bonnes pratiques et s’intéresser davantage à l’amélioration des initiatives sociales et d’émancipation en matière de prévention et de resocialisation, notamment, du groupe cible visé, dans toutes les régions  et villes.