Attentats de Bruxelles: seulement quelques mots…

Touchée au cœur, Bruxelles se relèvera!

Dans certaines situations, le silence est d’or. Je me suis tu cette semaine. Beaucoup. J’ai retenu mon souffle même.

Au réveil déjà, secouée par les mots de mon policier de mari qui, dans la précipitation, m’annonçait qu’il était réquisitionné pour une intervention dont il ne maîtrisait pas encore la gravité. Perturbée par les appels incessants de mes collaboratrices ensuite, qui attendaient ma réaction de politique. Puis, accrochée aux chaînes d’information, incrédule, comme figée une bonne partie de la journée devant ces horribles nouvelles qui arrivaient au compte-gouttes.

Je peine à reconnaitre ma ville, ma Bruxelles à moi, dans ce chaos. Les images apocalyptiques défilent à la télévision, on voit de la fumée, des débris, du sang et puis la nouvelle tombe: il y a des morts! On enchaîne: une autre bombe. C’est pas vrai! Le métro, maintenant. ça se propage. Quelle panique. Et puis ces mots qui ne concernaient que les autres jusqu’ici: « attaque terroriste ». Ça y est, on est devenu « les autres ». Des gens sont morts dans cette folie meurtrière et c’est chez nous que ça se passe.

Je suis cloîtrée dans mon appartement à quelques minutes des lieux de l’attaque. Écartelée entre ce statut de spectatrice impuissante et celui d’épouse dont le mari est en première ligne, au cœur du danger. La boule au ventre. Nous sommes en deuil.

Pourtant mardi, ça devait être: petit-déjeuner, briefing, commissions parlementaires, un rendez-vous, puis retour maison! C’était ça, le programme de la journée ce 22 mars. Stressante comme journée pour une jeune parlementaire comme moi. J’avais prévu de courir d’une commission à l’autre en fait, parce que la demi-dizaine de questions à l’ordre du jour avant les congés de Pâques ne me laisserait pas beaucoup de répit. Je m’était fait tout une montagne de cette course aux questions. J’avais la pression.

Aujourd’hui? Tout ça c’est du vent. Ces mots, ce programme, ce stress, tout cela est devenu tellement futile, anodin face au drame que nous avons, tous, à des degrés divers, vécu.

A l’heure d’écrire ces lignes, plusieurs jours après la tragédie, je n’ai toujours pas les mots. Mon mari est rentré à la maison. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Des vies ont été happées.  Je pense aux victimes, à leurs familles, à ces destins stoppés net. Après les larmes, il faudra penser aux conséquences, aux décisions politiques, à ce qui a été fait, pas fait. A la stigmatisation et aux amalgames. A la reconstruction, à l’avenir. On n’y est pas encore, pas tout à fait…Mais touchée au cœur, Bruxelles se relèvera.

Je devais parler ce mardi. Beaucoup. Poser des questions, réagir, dire. J’ai fait tout le contraire.

Toutes mes pensées vont aux proches des victimes, aux blessés, aux personnels des services de secours et des forces de l’ordre qui ont risqué leur vie.

Photo: ©EDanhier Photography via Facebook